Frise chronologique
5 janvier 1477
Bataille de Nancy
Bataille de Nancy
5 janvier 1477 (≈ 1477)
Victoire de René II sur Charles le Téméraire.
1484
Fondation de la chapelle
Fondation de la chapelle
1484 (≈ 1484)
Érection par René II en remerciement.
14 août 1738
Pose de la première pierre
Pose de la première pierre
14 août 1738 (≈ 1738)
Cérémonie dirigée par l’évêque de Toul.
1737-1741
Reconstruction par Stanislas
Reconstruction par Stanislas
1737-1741 (≈ 1739)
Église actuelle construite par Héré.
1766
Mort de Stanislas
Mort de Stanislas
1766 (≈ 1766)
Son cénotaphe installé en 1775.
1803
Restauration post-révolutionnaire
Restauration post-révolutionnaire
1803 (≈ 1803)
Remise en état des sépultures profanées.
13 août 1906
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
13 août 1906 (≈ 1906)
Protection de l’édifice et de ses objets.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise : classement par arrêté du 13 août 1906
Personnages clés
| René II de Lorraine - Duc de Lorraine |
Fonda la chapelle après 1477. |
| Stanislas Leszczynski - Duc de Lorraine et roi de Pologne |
Commanditaire de la reconstruction en 1737. |
| Emmanuel Héré - Architecte |
Conçut l’église entre 1738 et 1741. |
| Nicolas-Sébastien Adam - Sculpteur |
Auteur des mausolées de Catherine Opalinska. |
| Claude-Louis Vassé - Sculpteur |
Réalisa le cénotaphe de Stanislas. |
| Joseph Gilles - Peintre |
Auteur des fresques de la voûte. |
Origine et histoire
L’église Notre-Dame-de-Bonsecours de Nancy trouve ses origines dans la bataille de Nancy de 1477, où René II de Lorraine vainquit Charles le Téméraire. Pour commémorer cette victoire, une chapelle dédiée à la Vierge fut érigée en 1484 sur le lieu d’inhumation des soldats bourguignons. La chapelle abritait une statue de la Vierge sculptée en 1505 par Mansuy Gauvin, symbole de la dévotion mariale lorraine. Agrandie en 1629, elle devint un lieu de pèlerinage, surtout pendant la guerre de Trente Ans, où les Lorrains imploraient la protection de Notre-Dame-de-Bonsecours contre la peste et la famine.
Au XVIIIe siècle, Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine et ancien roi de Pologne, entreprit la reconstruction complète du sanctuaire dès 1737. Plusieurs motivations guidaient ce projet : affirmer sa légitimité en Lorraine, honorer le culte marial cher à son cœur polonais, et marquer le paysage entre Nancy et son château de Lunéville. Confié à l’architecte Emmanuel Héré, le chantier débuta en 1738 avec la pose de la première pierre par l’évêque de Toul. L’église, achevée en 1741, mêle influences baroques et rococo, avec une façade élancée surmontée d’un clocher bulbeux, des colonnes issues du château inachevé de La Malgrange, et un intérieur richement décoré de stucs, fresques et statues polychromes.
L’église abritait quatre mausolées majeurs : ceux de Stanislas (œuvre de Claude-Louis Vassé, terminée en 1775), de sa femme Catherine Opalinska (sculpté par Nicolas-Sébastien Adam en 1749), de leur fille Marie Leszczynska (reine de France, dont le cœur repose ici depuis 1768), et du grand trésorier polonais Maximilien Ossolinski. Ces tombes, sauvées de la destruction révolutionnaire, furent restaurées au XIXe siècle. La Révolution profana cependant les caveaux, et les corps des défunts restèrent empilés dans le chœur jusqu’en 1803. L’édifice, classé monument historique en 1906, devint un lieu de mémoire franco-polonais, fréquenté par des personnalités comme Charles X, Louis-Philippe ou l’impératrice Eugénie.
L’architecture intérieure reflète le goût éclectique de Stanislas, avec des fresques de Joseph Gilles (restaurées en 1853) illustrant des scènes mariales, une chaire sculptée dans le style Louis XV, et des vitraux offerts par Napoléon III en 1868. Les stucs colorés, imitant le marbre, et les statues de saints vénérés en Pologne (comme saint Jean Népomucène) soulignent cette double identité lorraine et polonaise. Le sanctuaire conserve aussi des drapeaux turcs capturés par les ducs de Lorraine aux XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi qu’un guidon polonais volé en 1969. Malgré la disparition de ses grandes orgues historiques, l’église reste un témoignage unique du baroque religieux en France.
Au XIXe siècle, l’abbé Morel fit de l’église une paroisse en 1844 et entreprit des restaurations, dont l’agrandissement du chœur en 1862. Le pape Pie IX offrit un diadème pour la statue de la Vierge en 1865, couronné lors de fêtes solennelles. Les confessionnaux, œuvres des ateliers Eugène Vallin et Victor Huel (1889), et les vitraux de Joseph Janin (1904) complètent ce décor. Aujourd’hui, l’église, propriété de la ville de Nancy, attire autant pour son patrimoine artistique que pour son rôle dans l’histoire franco-polonaise, incarné par la mémoire de Stanislas et des Lorrains.